12/09/2013

L’indépendantisme gagne du terrain en Catalogne

A 17 h 14 précises, en  référence à la date du 11 septembre 1714, lorsque Barcelone est tombée sous les assauts des troupes de Philippe V d’Espagne, des centaines de milliers de Catalans se sont donné la main pour former une chaîne humaine longue de 400 km, traversant 86 municipalités ce mercredi, jour de la fête de la Catalogne, la Diada. Cette action symbolique, baptisée la Voie catalane vers l’indépendance, témoigne de la force du mouvement indépendantiste en Catalogne. Son objectif est de faire pression sur les dirigeants politiques afin que soit organisé un référendum d’autodétermination en 2014, comme s’y est engagé l’actuel chef du gouvernement catalan, le nationaliste de droite Artur Mas.

Selon un sondage MyWord pour la radio Cadena Ser , 52 % des Catalans voteraient en faveur de l’indépendance si un référendum devait être organisé, ce à quoi s’oppose Madrid. Seuls 24 % voteraient contre.

Ambiance festive sur la route de la Voie catalane à son passage dans le delta de l'Ebre, où les organisateurs de la marche avaient demandé du renfort pour couvrir tout le tronçon. (Photo S.M./Le Monde.fr)

Ces trois dernières années, la lutte pour l’indépendance a gagné de nombreux adeptes en Catalogne. Les raisons sont multiples. La résolution du Tribunal constitutionnel, qui en 2010 a censuré plusieurs articles phares du nouveau statut d’autonomie catalan, qu’avait ratifié la région du nord-est de l’Espagne en 2006, a exacerbé le sentiment de ne pas être compris, voire d’être méprisé par Madrid. La crise économique, associée aux nombreux discours des nationalistes nourrissant l’idée que l’Espagne pille les richesses de la Catalogne,  a accentué  l’idée qu’indépendante la Catalogne irait mieux, et convaincu de nombreux Catalans jusque-là réticent à l’idée d’une séparation du reste du pays. Et les propos polémiques du ministre de l'éducation exprimant son souhait d'"espagnoliser les jeunes Catalans" ont jeté de l'huile sur le feu.

 

Pour que cette nouvelle réalité soit entendue en Catalogne, à Madrid et dans le reste du monde, les indépendantistes se sont mobilisés en masse. Près de 1,6 million de personnes de tous âges et de toutes conditions sociales, selon les chiffres du gouvernement catalan, ont fait de la Voie catalane un succès semblable à celui de la manifestation de l’an dernier, quand plus de 1 million de personnes s’étaient rassemblées à Barcelone. Des milliers d’entre elles se sont notamment déplacées à l’extrême sud de la région, dans le détroit de l’Ebre, faiblement peuplé, où des tronçons risquaient de ne pas être couverts.

Certains ont souhaité expliquer pourquoi ils désirent l’indépendance.

Antonia Segura, commerciale, 48 ans, Palamos

"Nous sommes fatigués que tant d’argent sorte de nos caisses et ne nous revienne pas, que l’on nous traite mal, que nos infrastructures soient défaillantes."

Miguel Ferré, 40 ans, jardinier, Amposta

"Je veux ce qu’il y a de mieux pour mon fils, et cela passe par l’indépendance. Economiquement, appartenir à l’Espagne n’est pas rentable."

De gauche à droite, Roger, Esther, Natalia et Carles.

Roger Torras, 35 ans, producteur audiovisuel, Barcelone

"Si dans vingt ans nous voulons que la Catalogne puisse avoir maintenu son niveau économique et sa qualité de vie, nous ne pouvons pas laisser l’Espagne nous tirer vers le bas."

Esther Esteban, 30 ans, responsable marketing dans une entreprise pharmaceutique, Barcelone.

"Cette manifestation n’est pas une démonstration de colère ou de rancœur. Elle ne parle que de notre futur, celui que nous voulons, car il est clair que le modèle politique actuel ne fonctionne pas."

Natalia Maragall, 45 ans, créatrice de mode, Barcelone

"Mon aïeul le poète Joan Maragall, fédéraliste, disait à ses amis il y a déjà un siècle de simplement respecter son sentiment catalan, son identité. C’est ce que nous demandons."

Carles Diosca, 38 ans, traducteur, Barcelone

"L’Espagne des autonomies créée après la mort de Franco pour mettre en marche la démocratie est dépassée. Aujourd’hui, la démocratie, c’est nous laisser organiser un référendum, ce que désirent 80 % des Catalans. Si je défends l’indépendance, c’est parce que je pense que l’Espagne et la Catalogne sont deux nations qui doivent être égales, et non que l’une soit subordonnée à l’autre."

De gauche à droite, Joan, Mercè, Denise et Jaume.

 Jaume Romero, 49 ans, chef d’une entreprise d’infographie, Barcelone

"Je ne me sens pas à l’aise dans la situation actuelle. Nous sommes différents, nous ne nous entendons pas et nous ne nous aimons pas. C’est historique. C’est comme un mariage qui ne fonctionne pas. Je demande le divorce…"

 Mercè Amado, 53 ans, économiste, Barcelone

"Je me sens catalane, et, dans l’Etat espagnol, ce n’est pas facile. Tout n’est qu’interdiction. Nous sommes maltraités économiquement et culturellement. Nous n’avons pas les infrastructures dont nous avons besoin et nous avons un déficit fiscal considérable. Nous avons tenu longtemps, mais le moment de dire stop est arrivé."

Denise Fontanales, 58 ans, microbiologiste, Sabadell

"J’attends de ceux qui nous gouvernent qu’ils comprennent nos sentiments, notre langue, notre identité. Je souhaite aussi qu’ils soient capables de générer de l’emploi. Or, tout ce qui est produit est absorbé par Madrid, ce qui diminue notre potentiel économique."

Joan Gregori, 60 ans, retraité, Sabadell

"Nous voulons partir. Où est le problème ? Nous voulons simplement vivre notre vie comme on l’entend."

Source : Sandrine Morel ( le Monde )

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