05/08/2013

Palavas-les-Flots, pas snob pour un sou

Les stations languedociennes sont l’idéal pour qui aime les plaisirs simples, explique Anthony Peregrine, journaliste de voyages réputé et grand connaisseur de la France.

Source - The Sunday Times :| Anthony Peregrine

Palavas-les-Flots – Le site web de la ville

Je ne compte pas beaucoup de personnes arrogantes parmi mes connaissances françaises, mais il y en a tout de même quelques-unes. “Palavas-les-Flots !” s’est exclamée l’une d’entre elles, un banquier, en faisant la grimace. Il vit à 16 kilomètres de là. “Nous n’y allons jamais”, a-t-il précisé.

“C’est précisément pour cela que j’aime Palavas”, ai-je répliqué. Il a mis cela sur le compte de l’“humour britannique”. Loin de là : c’était une vérité britannique. Si vous voulez échapper à la bonne société française, alors Palavas, sur la côte languedocienne, est l’endroit qu’il vous faut.

Palavas est essentiellement un port de pêche adossé à des canaux. A partir des années 1960, sans trop y croire, il a diversifié ses activités pour devenir également une station balnéaire. Des immeubles et des hôtels y ont été construits, avec des rêves d’argent facile en guise de style architectural. Les enseignes lumineuses jaunes et les moules-frites sont omniprésentes. Palavas est la capitale mondiale des objets en coquillages ornés de mouettes. Personne ne lui trouve de charme particulier, mais, du printemps à la fin de l’automne, il peut se prévaloir de distiller autant de bonheur au mètre carré que n’importe quelle autre station balnéaire d’Europe.

Les petites rues, avec leurs machines à glaces à l’italienne et leurs boutiques de robes d’été débordant sur les trottoirs, grouillent de Français qui reviennent tous les ans au même camping. Ces amateurs de pastis et de pétanque n’ont pas honte de passer des vacances simples sous le ciel immense et sur la plage tout aussi immense de Palavas – où accessoirement l’on ne trouve ni “club privé” ni lits de plage à louer pour 35 euros la journée.

Contrairement à la Côte d’Azur et au littoral provençal, les côtes languedociennes possèdent peu de rochers et de criques. Le Languedoc est plat, âpre, sauvage. La mer s’enfonce vers l’intérieur des terres pour créer des lagunes, adaptées à la fois aux flamants roses et aux parcs à huîtres. La terre et l’eau s’y mêlent inextricablement et, jusqu’à il y a cinquante ans, presque personne n’y venait, car il n’y avait rien en dehors de quelques pêcheurs et de beaucoup de moustiques. Puis le général de Gaulle a décidé de ­promouvoir le tourisme dans le Languedoc afin de dissuader les familles françaises modestes de passer leurs vacances sur les côtes espagnoles. Des localités comme Palavas et Carnon ont commencé à s’étendre comme des villes de pionniers. Et de nouvelles stations balnéaires ont été bâties à partir de rien, comme ce site spectaculaire qu’est La Grande-Motte, sur la côte en venant de Palavas.

La profusion d’arbres et de verdure que l’on trouve à La Grande-Motte détonne avec le Sud desséché. D’une part, on a 10 kilomètres de plage, ainsi qu’un port de plaisance de la taille du Wash [estuaire britannique sur la mer du Nord] ; de l’autre, la station balnéaire la plus farfelue d’Europe, faite presque entièrement de ­ziggourats et de pyramides tronquées, comme si quelqu’un avait réinterprété une ville ­pré­colombienne en plein XXe siècle. Et c’est d’ailleurs le cas : ­l’architecte s’est inspiré du site de Teotihuacán, près de Mexico.

Les gens chics se moquent de La Grande-Motte. Qu’à cela ne tienne ! La vitalité et l’ambition même de la station – un formidable résumé de l’avenir tel que l’envisageait la génération des années 1960 – sont contagieuses. Et voulez-vous vraiment insulter toutes ces familles (y compris la mienne) qui se répandent sur la plage, dans les parcs et, chaque soir, de nouveau dans les cafés du port ?

Barbus en tongs. Mais l’essentiel du Languedoc, c’est que ces stations ne font que ponctuer une côte par ailleurs intacte. En août, je me suis rendu à la pointe de l’Espiguette, un massif de dunes de 10 kilomètres de long, au-delà du Grau-du-Roi, à la limite avec la Camargue – laissant derrière moi les joyeux bronzés au bout de quelques centaines de mètres. Cette pointe est un territoire vierge, si bien que je peux y admirer en solitaire l’immensité hypnotique des éléments.

Palavas lui-même se termine par une longue langue de côte entièrement déserte. Comme c’est souvent le cas dans le Languedoc, cette bande sablonneuse sépare la mer d’un grand marais dont les flamants filtrent les fonds vaseux. Nous sommes vraiment aux limites insoumises de la France. Ici, bien souvent, les lois de la République ne s’appliquent plus. Il suffit de quitter les sentiers battus pour se retrouver dans les broussailles et les marécages, où l’on découvre tout à coup des vignobles et des cabanes isolées, occupées par des barbus en tongs, sans grand respect pour l’ordre établi.

Puis me voici à Bouzigues, un port minuscule sur l’étang de Thau. Les rues, à peine assez larges pour laisser passer de front deux poissonnières bien en chair, s’enchevêtrent pour enfin déboucher sur une mer intérieure, recouverte de tables ostréicoles qui évoquent des rangées de barges de débarquement.

Plus loin vers l’ouest, Portiragnes-Plage et Sérignan-Plage font partie de mes endroits favoris. Ce sont deux petits points sur une côte qui s’étire à perte de vue sur des kilomètres de chaque côté. Si l’on marche suffisamment longtemps, on finit par ne plus laisser que ses propres empreintes dans le sable. Derrière, des équipements un peu délabrés satisfont les besoins en camping, minigolf et consommation de pizzas – le tout disparaissant quand arrive le mois d’octobre. La plage ne fera même pas la différence.

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