08/03/2013

Foot et retrasmission

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par Jérôme Latta

Un mauvais film d’horaires

Le découpage du football en lots de droits télé incite à la multiplication des compétitions, il conduit aussi à la surcharge des calendriers... et à leur absurdité. La valeur marchande du téléspectateur étant devenue très supérieure à celle du spectateur (qui est quand même prié de devenir un bon consommateur), la priorité est accordée aux desideratas des diffuseurs. Les supporters, eux, doivent se plier à des horaires de plus en plus souvent fantaisistes et pénalisants pour ceux-là mêmes qui produisent le plus d'efforts pour soutenir leur équipe. Cette saison, le collectif SOS Ligue 2 s'est longuement mobilisé contre l'horaire du vendredi à 18h45, choisi pour satisfaire beIN Sport, obtenant finalement gain de cause (coup d'envoi à 20 heures) avec l'appui de la Ligue, alarmée par la baisse de fréquentation.

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Le dernier exemple en date concerne la programmation du quart de finale de Coupe de France Lens-Bordeaux le mercredi à 17 avril à 17 heures sur France 2, qui a suscité de vives réactions et une mobilisation qui rencontre déjà un écho important. Cet épisode succède au précédent du Plabennec-Lille dans la même compétition, initialement prévu un mercredi à la même heure: la mobilisation locale avait fusé sur les réseaux sociaux et obtenu le soutien de Noël Le Graët ainsi que le report du match au lendemain à 21 heures. Cette fois, le diffuseur – qui a programmé Évian-Paris Saint-Germain à 20h45 – ne veut rien entendre, quitte à mal mesurer le risque de s'exposer à la réaction du public lensois. "Après le tirage au sort des quarts de finale, beaucoup s'attendaient à revoir un stade Bollaert-Delelis, en manque de grandes affiches, afficher complet", souligne le communiqué des supporters (à lire sur Moustache FC).

L'entraîneur du RC Lens Éric Sikora a protesté vertement, l'association Le 12 Lensois a invité France Télévision à programmer Paris-Roubaix "un jour de semaine à 21h00 (fluidité du trafic oblige)", un groupe Facebook a été lancé... Pas encore de quoi faire fléchir Daniel Bilalian qui a affirmé qu'il était trop tard et que le journal de 20 heures et le "carrefour publicitaire" de cette tranche ne permettaient pas de retarder le coup d'envoi. Un journaliste un peu insistant de France 3 Nord Pas-de-Calais a fait monter d'un ton le directeur des sports de France Télévisions, peu enclin à entendre parler d'un décalage ou d'une diffusion sur une autre chaine du groupe (voir la vidéo).

LES GUEUX DU STADE

On saisit pourtant assez mal l'intérêt de présenter aux téléspectateurs, à une heure malaisée pour eux aussi, un spectacle se déroulant devant des tribunes clairsemées. Peut-être la chaîne s'autorise-t-elle à dévaluer ce programme-ci parce que l'essentiel est de valoriser le match de 20h45, un produit nettement plus attractif qui lui permet d'avoir sa part des stars du PSG. Pour autant, France Télévisions fait simplement valoir son contrat, qui prévoit ces horaires... Les dirigeants des clubs professionnels doivent se rappeler qu'ils adoptent le calendrier de la saison et qu'ils sont censés connaître les termes des contrats de diffusion – du moins pas seulement ceux qui concernent la part de droits télé qui va leur revenir.

C'est justement à force d'accepter toutes les recettes possibles, et donc de se soumettre aux intérêts de ceux qui les fournissent, que l'on finit par sacrifier tout le reste (lire "Sauver le football"). Vendue comme une fête et un trophée prestigieux, mais appauvrie par vingt ans de concurrence avec la Coupe de la Ligue, la malheureuse Coupe de France devient un sous-produit télévisuel, que la télévision néglige en négligeant aussi le public... Car quelle que soit l'heure à laquelle débutera Lens-Bordeaux, le football français aura fait une nouvelle fois la démonstration de son mépris pour les gueux qui vont encore au stade.

Photo : DR.

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