01/03/2013

En Espagne, les indignés réagissent à la mort de Stéphane Hessel

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Pour certains militants du "mouvement du 15 mai" interrogés par El País, l'auteur d'Indignez-vous ! était un homme très visionnaire et très lucide. Pour d'autres, son livre est juste un phénomène d'édition.

El País : Rebeca Carranco

Des bougies entourent un portrait de Stéphane Hessel à Paris, lors d'un rassemblement à sa mémoire, le 27 février 2013 - AFP Des bougies entourent un portrait de Stéphane Hessel à Paris, lors d'un rassemblement à sa mémoire, le 27 février 2013 - AFP

 

Les indignés ne porteraient sans doute pas leur nom sans Stéphane Hessel, décédé le 27 février. Son livre, Indignez-vous !, était une “référence empathique” pour les milliers de personnes qui, à partir du 15 mai 2011, avaient envahi les places espagnoles pour clamer qu’une autre société était possible.
C’est du moins la vision de Simona Lévi, l’une des militantes les plus reconnues du mouvement du 15-M à Barcelone. “Je ne savais pas, je n’en avais pas entendu parler, reconnaît-elle par téléphone au sujet de son décès, se rappelant qu’il y a quelques jours seulement, elle parlait avec des amis d’un article d’Hessel sur les élections et l’importance de la présence de nouveaux partis, comme le parti X [formé début janvier par les membres du collectif 15-M]. Il nous avait surpris parce qu’il était très attentif au monde contemporain et très visionnaire. Très lucide”, se souvient-elle.
Pour Lévi, Indignez-vous ! était “légèrement plus conciliateur” que ne l’a été le mouvement en Espagne. “Le langage qu’il a employé pour définir un nouvel état de rébellion a eu son importance, c’étaient des mots neufs, comme celui de l’indignation, très liés au sentiment des gens, et pas seulement à l’action, profondément ancrée dans le mouvement du 15-M”, explique-t-elle. Néanmoins, selon elle, Hessel “ne peut être qualifié d’intellectuel du mouvement : au niveau du contenu, c’est plutôt un référent empathique”.
Aitor, militant du mouvement 15-M à Barcelone, reconnaît l’effet du livre d’Hessel sur la société, mais refuse d’y voir le “catalyseur ou le déclencheur” du mouvement en Espagne. “Le livre a été écrit en ayant en tête la France de 2010. Ici, le mouvement s’est organisé sur les réseaux sociaux à l’hiver 2010-2011. Le livre a été publié en mars ou avril, peu après l’appel que nous avions lancé… À l’époque, ce n’était pas une référence pour nous, les organisateurs”, raconte-t-il.
“Il a été défini comme le père intellectuel du mouvement, alors que les gens qui l’ont créé ne savaient rien du livre et ignoraient son existence”, ajoute le jeune homme, qui reconnaît cependant le pouvoir de l’œuvre pour “appeler à la dignité de la société, pour qu’elle se rebelle contre les gouvernements”. “On ne peut nier ses bonnes intentions et son impact, affirme-t-il, jugeant cependant qu'il a surtout été “un phénomène d’édition”.

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