21/02/2013

POLOGNE • A la plus grande foire aux chevaux en Europe

 
 
Depuis le XVe siècle, les vendeurs de chevaux se donnent rendez-vous à Skaryszew, petite ville à 100 kilomètres de Varsovie. Mais les protestations des défenseurs des droits des animaux auront peut-être bientôt raison de cette foire traditionnelle. Reportage.

 

  • Metro :Mariusz Jaloszewski
 

 

Un cheval est mis en vente lors de la foire annuelle de Skaryszew, en Pologne, le 18 février 2013. Un cheval est mis en vente lors de la foire annuelle de Skaryszew, en Pologne, le 18 février 2013.

 

Les premiers vendeurs sont arrivés dès dimanche [le 17 février, veille de l'ouverture de la foire], vers 19 heures, afin de trouver une bonne place. La nuit tombée, à la sortie du bourg, ils sont déjà plusieurs dizaines, étalés sur la terre battue près du cimetière, vaste comme plusieurs terrains de foot. Avant le jour de l'ouverture, le marché se remplit de camions, de fourgonnettes déglinguées et de remorques. Des centaines de chevaux sont attachés aux véhicules, principalement des chevaux de trait, mais aussi des poneys et parfois même des chevaux de selle. Le marché peut commencer.

Malgré les accusations des organisations de défense des animaux, les actes de maltraitance ne sautent pas aux yeux. Aucune trace de mutilation. Personne en train de fouetter un animal ni de le viser avec un Taser. Cependant, les crinières de nombreux chevaux sont emmêlées.

Il fait quelques degrés au-dessous de zéro, il neige et le foin est éparpillé sur le sol. On vend des saucisses, de la choucroute et du thé. Des vendeurs de harnais sont là aussi, et un stand qui propose de la vodka montagnarde à 50 degrés a ouvert au milieu de la nuit. Des centaines de spectateurs - dont beaucoup sont en état d'ivresse - ont surgi on ne sait d'où.

Malgré quelques lampes allumées, il fait sombre. Mais cela n'empêche pas les transactions de commencer, puisque nombre de chevaux changent de main dès la nuit du dimanche soir. On s'éclaire avec une lampe de poche. Pas d'examen des sabots ni des dents du cheval, pas de pesée. Un coup d'œil suffit pour entamer une négociation discrète. On communique le prix à l'oreille. De 800 à 1 000 euros pour un cheval, de 350 à 500 pour un poney. Vingt policiers et quarante vétérinaires ont été dépêchés sur place pour vérifier que les règles sanitaires sont respectées.

Cependant, ils ne sont pas seuls. Une centaine de défenseurs des droits des animaux - en majorité des étudiantes équipées de caméras de poche - sont là aussi, de même que des journalistes, dont l'un est suédois. La confrontation semble inévitable.

Personne ne veut reconnaître que son cheval sera vendu pour la viande

"Dégage, putain, va te faire... ! Tu veux une gifle ?" peste un homme aux cheveux gris à l'encontre d'une des filles. "Vas-y ! Où est la police ?" répondent celles-ci sans céder. L'homme tente de disperser l'attroupement avec son cheval. "Prenez-le, si vous voulez", crie-t-il. Les vétérinaires concluent que l'animal est sain. "C'est ça, l'examen ? C'est un scandale !" s'offusquent les filles. "Pourquoi garder les chevaux toute la nuit dans le froid ? Pourquoi doivent-ils aller jusqu'en Italie ?" demande Katarzyna Chalas, de l'association Wege. "Nous voulons pourrir la vie aux vendeurs qui sont ici. C'est pourtant simple d'emmener les animaux directement à l'abattoir", explique Robert Jakubowski, un autre militant de Wege.

Personne ne veut reconnaître que son cheval sera vendu pour la viande. "C'est un cheval de selle, cadeau idéal pour un enfant, pas bon pour manger", explique M. Tadeusz, venu des environs de Varsovie. Il en vend trois. "Je ne sais pas si j'y arriverai, c'est plein de ces putains d'écolos. Mon fils est mort, je n'ai plus de forces pour m'en occuper", poursuit M. Tadeusz. Puis il retourne dans sa voiture se verser un autre verre de vodka.

Quelques instants plus tard, plusieurs disputes éclatent entre vendeurs et militants écologistes et, après un nouvel échange verbal, les défenseurs se postent sur les entrées, aux côtés des inspecteurs vétérinaires, pour vérifier les documents des entrants.

"On dit que c'est un 'massacre', mais ce n'est pas vrai"

"Ces gens violent la loi et on ne fait rien", s'indignent les activistes. "Il n'est pas nécessaire de verbaliser", rétorquent les vétérinaires. Les militants arrêtent cependant une dizaine de véhicules, mais les animaux finissent par passer une fois les certificats de provenance des chevaux retrouvés. "On a peut-être un peu exagéré", reconnaît Ewelina Haraf, de l'association Tara.

A l'aube, le lundi matin, on commence de charger les animaux vendus. Que vont-ils devenir ? Les vendeurs sont plus loquaces et disent que les chevaux vont dans des abattoirs en Italie et en Lituanie. "Ici, on n'achète pas de chevaux pour s'amuser, mais personne ne le dit", raconte un paysan.

Cette année, la quantité de chevaux à vendre a diminué de moitié par rapport à 2012. "On dit que c'est 'barbare', un 'massacre', mais ce n'est pas vrai. Sur 450 chevaux, la moitié sont des poneys. Selon moi, 100 vont aller à l'abattoir, d'autres finiront dans des fermes de tourisme rural", affirme Ireneusz Kumiega, maire de Skaryszew. La commune gagne 5 euros par cheval mis en vente.

"Avec des protestations et des contrôles comme cette année, les gens ne vont plus venir. Dans quinze ans, la foire sera morte", explique un "passionné d'équitation", comme il se définit lui-même. "Nous, nous espérons ne plus voir cette foire l'année prochaine", lance une militante de Tara.

 

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