18/02/2013

Conclave avancé ? Quels « papabili » ? Quand les doutes planent sur le Vatican

 

Hypothèses, intuitions, rumeurs, spéculations. Il règne une étrange atmosphère au Vatican, depuis que Benoît XVI a annoncé, le 11 février, qu’il renonçait à son ministère. La dernière information en date, non encore officiellement confirmée, concerne l'ouverture du conclave. Annoncé autour du 15 mars, il pourrait être avancé au 10 afin de permettre au pape élu de prendre ses fonctions officielles avant le début des cérémonies de Pâques. « Le nouveau pape doit avoir le temps de préparer ses discours pour les cérémonies qui rythment la semaine sainte », nous confie un connaisseur de la curie romaine. Un conclave de trois ou quatre jours permettrait de fixer au 19 mars, qui correspond à la saint Joseph, patron de l’Eglise, la date inaugurale du pontificat, précise même l’agence de presse I-média.  

 

Dans l’austère salle de presse du Vatican, le jésuite Federico Lombardi a admis, samedi 16 que cette éventualité était à l'étude.  "La Constitution [qui régit l'organisation d'un conclave] était pensée en cas de mort du Saint Père", a expliqué le porte-parole. Le délai [de 15 à 20 jours après le décès, et en l'occurence la renonciation] était prévu pour laisser le temps aux cardinaux électeurs d'arriver. Dans l'éventualité où ils seraient tous arrivés, il n'y aurait plus à attendre". Les cardinaux sont de fait attendus à Rome le 28 février pour une cérémonie d'adieux à Benoît XVI.

 

Les briefings quotidiens du père Lombardi  attirent des dizaines de journalistes venus du monde entier. Mais le porte-parole, a peu à dire et ses réponses évasives, ses incertitudes illustrent le caractère inédit et, à certains égards, inconfortable, de cette séquence vaticane. Et, quand une question est vraiment sans réponse, il élude dans un sourire: "l'avenir est dans les mains de Dieu".

 

Angela Merkel à la cérémonie d'adieux?

 

Le pape restera-t-il cardinal ou redeviendra-t-il simple évêque ? « Evêque c’est inaliénable », assure le père Lombardi. Mais, pas sûr qu’un pape puisse redevenir cardinal. Quant au titre qu’il portera, « pape émérite », « évêque de Rome émérite », «  il n’y a toujours pas d’accord sur la question », indique le père Lombardi, qui  « ne sait pas » non plus si le pape assistera à la messe inaugurale de son successeur. Il « ne croit pas » que se tiendront d’autres cérémonies d'adieux que celles déjà annoncées pour les fidèles et les cardinaux, les 27 et 28 février. Seules les autorités politiques italiennes auront le loisir de rencontrer le pape avant sa retraite. Mais, outre les ambassadeurs près le Saint-Siège,  des personnalités politiques, dont la chancelière allemande Angela Merkel, auraient fait part de leur désir d'assister à la cérémonie du 27. Un emplacement devrait leur être réservé.

 

« Deuil blanc » et sanglots

 

Le porte-parole assure en revanche que le secrétaire particulier du pape, Mgr Georg Gänswein restera à ses côtés après le 28 février. Mais, un possible conflit d’intérêt se fait jour : étant entendu qu’il conservera son titre de préfet de la maison pontificale, il pourrait donc être théoriquement amené à « servir » l’ex-pape et le nouveau. « Ce poste a un caractère plus technique (organisation de l’agenda du pape) que politique », tempère le père Lombardi, qui ne « pense pas que cela pose problème ».

 

 Dans un autre registre, le Vatican vit un temps suspendu. Les hommages que l’on réserve généralement aux morts se succèdent. Beaucoup parlent de Benoît XVI au passé. Certains évoquent « un deuil blanc » et, sous nos yeux, l’un de ceux qui l'approchent régulièrement éclate en sanglots en évoquant son état de santé. Mais Benoît XVI est vivant ; physiquement épuisé, mais vivant. Et il parle. 

 

« Quarante-et-un "papabili"»

 

Chaque jour, un message différent est distillé à ses interlocuteurs qui savent vivre là un moment historique. Un jour, il dénonce les « rivalités au sein de l’Eglise et son visage défiguré » et l’on se dit que son successeur aura fort à faire pour ramener unité et concorde. Le lendemain, il livre son interprétation du concile Vatican II, et, là encore, le message adressé au futur pape est clair : ni dérive « progressiste », ni abandon des textes essentiels.

 

Doctement, Benoît XVI reprend des thèmes qu’il avait abordés dès son élection, alors qu'aujourd'hui le Vatican bruisse des noms et qualités de son successeur. Sera-t-il ratzingérien, noir, italien, latino ou philippin, bilingue ou trilingue, pro- ou anti-curie, voyageur ou manager, avec ou sans compte Twitter ?

 

Un diplomate nous assure qu’un tour de la presse mondiale, effectué ces derniers jours, laisse apparaitre le nom de « 41 papabili » sur les 117 cardinaux qui s’enfermeront le 10 ou le 15 mars dans la chapelle Sixtine. Signe, à tout le moins, que ce conclave est particulièrement ouvert.

 

Stéphanie Le Bars - Le monde

 

http://www.agendaide.fr

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